| |
VADIM LEVANOV
Les Rêves de Togliatti
traduction Iryna Shushko
Extrait du texte
MALATO. ...j'ai peur de me réveiller... me réveiller complètement... dans mon sommeil j'ai peur du réveil... maintenant, lorsque je suis en train de dormir... et cette pièce m'apparaît en songe, et vous aussi... le couloir par où je vais devoir sortir après notre conversation, ce couloir long et sombre avec du linoléum, limitant le parquet en chêne... ma chambre d'hôpital, emplie de soupirs et de cris des tous ceux qui s'y trouvaient avant moi, qui y sont morts, d'une multitudes d'autres sons mystérieux que l'on ne peut entendre que dans l'obscurité qui s'estompe à l'heure matinales, à l'heure où il semble qu'un nouveau jour ne viendra jamais, d'autres sons dont ni vous ni personne n'avez la moindre idée, puisqu'ils n'appartiennent à votre monde... maintenant, lorsque je suis en train de dormir et de rêver de tout cet hôpital... où j'ai déjà passé tant d'années... je me sens bien et à l'aise...
DOTTORE. ...et à l'intérieur d'un rêve, un rêve qui parle de ma vie d'homme, enfermé dans un asile de fous, il y a un autre rêve, comme un bonbon dans son emballage, c'est ce rêve que cet homme est en train de faire, quand lui, c'est-à-dire moi, je parviens à m'endormir... il rêve qu'il est une Ville quelque part en Russie...
MALATO. ...je sais que je suis une Ville, cette Ville existe vraiment, elle a été nommée en l'honneur de mon père et c'est pour cela qu'elle porte mon nom, ce qui veut dire que je suis la Ville... et moi qui suis assis en ce moment devant vous et qui se reflète dans la fenêtre derrière votre dos, la fenêtre sans barreaux parce qu'elle est blindée, vois les Alpes - mais en réalité tout simplement je dors et je vois en rêve cet hôpital, vous, les infirmiers et autre personnel - dans mon rêve... tout cela n'est qu'un rêve, mon rêve... oui, en réalité, rien de cela n'existe, vous n'existez pas... ni les Alpes derrière votre dos... il n'y a que la Ville au bord d'une immense rivière, couverte de glace en hiver... il neige là-bas...et dans cet immense espace qui s'appelle la Russie où les gens sont des mouches sur la vitre de l'infini... dans cette Ville lointaine se déroule ma vraie vie et je n'ai pas peur de la mort parce que la mort passée je serai délibéré de mon rêve et de l'hôpital aux pieds des Alpes où je suis enfermé depuis déjà trente ans... peut-être tout cela est à cause de mon père... vous connaissez mon père ?... Vous l'avez connu ? Je l'aimais et il m'a aimé moi aussi... parce qu'il est mon père et moi - son fils... c'est bien d'aimer son père...
in MISSIVES N° 235 - 11,00 euros
Date de parution : Septembre 2004
ISSN 1169-212 X
|
|
Numéro spécial consacré aux auteurs, dramaturges et artistes de la région de la Volga - dossier réalisé sous la direction de Tania Moguilevskaia & Gilles Morel.
|
|