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ALEXEI SLAPOVSKI

Ce n'est pas bien de vivre sans amour
Mélodrame moralisateur sur la vie des gens en 2 actes

traduction Roustam Akhmedshin



Extrait du texte

PREMIER ACTE

1.
Un vieil appartement dans une vieille maison. Une vieille télé couverte d'une serviette de dentelle blanche, une vieille table ronde, un vieux canapé à traversins etc. Au milieu, il y a un pilier qui soutient le plafond affaissé. Deux fenêtres à croisées écaillées. Une porte d'entrée, une porte à lourdes portières de velours à l'ancienne mode menant à une autre chambre, une porte menant à la cuisine. Quoi d'autre...? Ah, oui,.. un piano vieux, lui aussi, à chandeliers. Sur le piano, ainsi que sur tous les murs, des photos encadrées. Vieilles, bien entendu.
Il semble que nous voilà dans un appartement des années cinquante. Mais la jeune fille LENA et le jeune homme VLADIC sont habillés à la mode. Enfin, Vladic n'est pas vraiment habillé; il est sans chemise, comme chez lui. Il va la mettre après, au moment opportun.
Position de départ: Lena est sur le canapé avec un livre, Vladic est près de la fenêtre. Il se tourne et regarde longtemps Lena.


VLADIC. - Et si on se mariait ?

LENA. - D'accord.

VLADIC. - Non, mais c'est sérieux.

LENA. - Et moi, je suis sérieuse.

VLADIC. - C'est vraiment sérieux.

LENA. - Et moi, je suis vraiment sérieuse.

VLADIC. - Non, mais vraiment.

LENA. - D'accord, on se marie. Reste chez moi. Voilà tout.

VLADIC. - Je comprends. Moi aussi, je pense que l'enregistrement, le mariage, les poupées aux voitures, les rubans, c'est des formalités. Mais quand même... C'est-à-dire... Non, mais c'est sérieux? Rester et c'est tout ?

LENA. - Reste et c'est tout.

VLADIC. - Mais tu ne... comment dire... ?

LENA. - Quoi ?

VLADIC. - Tu m'aimes pas.

LENA. - Je t'aime. J'aime tout le monde.

VLADIC. - C'est pas possible de parler avec toi.

LENA. - Me parle pas.

VLADIC. - Je te prie de le dire sérieusement. Peux-tu dire quelque chose sérieusement au moins une fois dans ta vie ?

LENA. - Je peux le dire même deux fois.

VLADIC. - C'est pas possible de te parler. Une fois, réponds-moi sérieusement seulement une fois. Essaie.

LENA. - D'accord. Je vais essayer.

VLADIC. - Tu veux te marier avec moi ?

LENA. - Tu veux que je te réponde sérieusement ?

VLADIC. - Si tu peux.

LENA. - Ca va pas te plaire.

VLADIC. - Je comprends pas! Si tu réponds "oui", ça va me plaire parce que... Si tu réponds "non", ça va me plaire aussi parce que tout va être clair enfin.

LENA. - Et si j'arrive pas à te répondre si simplement ?

VLADIC. - Alors, quelles sont les autres réponses possibles? Oui ou non, quoi d'autre ? "Je sais pas" ? Bon, j'accepterais même cette réponse. Je suis prêt à tout. Tu sais pas, hein ? Tu veux et tu veux pas en même temps, c'est pas vrai ?

LENA. - En fait, quand je suis avec toi, il me semble que je suis déjà mariée. Par exemple, maintenant nous avons une conversation entre mari et femme. Nous nous expliquons franchement. Nous avons vécu ensemble 128 ans et tout à coup tu décides de me demander si je t'aime. Nous venons de nous réveiller, nous prenons le petit déjeuner, il y a quelque chose qui te va pas. Tu grognes et tu me demandes: "d'ailleurs, est-ce que tu m'aimes"? Et moi, je me mets à me justifier... Pourquoi celui qui aime pas est obligé de se sentir coupable ? Et pourquoi celui qui aime a toujours raison ? Il a raison et il est suffisant. Tu es horriblement suffisant, Vladic. C'est pas beau à voir.

VLADIC. - Alors, tu m'aimes pas ? Merci déjà pour ça. Là, au moins c'est clair.

LENA. - J'ai pas dit ça.

VLADIC. - Et le fait de t'aimer, ça pose aussi question. Mais je suis bien avec toi. Je veux me marier avec toi parce que j'aime être avec toi... Mais tu m'embrouilles tout le temps. Je t'ai posé une simple question; réponds, s'il te plaît. Réponds sérieusement une fois dans ta vie.

LENA. - Quelle question ?

VLADIC. - Je t'admire. Tu as oublié ? LENA. - Je m'en souviens. Réponds. Tu t'en souviens, toi-même ?

VLADIC. - Avec toi, je suis hébété. (Il rit.) C'est un cauchemar. Je l'ai oublié! Ma foi, j'ai tout oublié. Tu es comme un torrent. - je m'enlise, je bois la tasse, j'étouffe, et je me souviens de rien. J'ai peur de me noyer. Je remonte à peine à la surface et tu me plonges dans líeau à nouveau. Je peux pas vivre sans toi... Qu'est-ce que je t'ai donc demandé ?

On sonne à la porte.




 
sansamour

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cote NOVAIA : NRU 89




Personnages
LENA, VLADIC, VLAD, VLADISLAV,
GRIGORIEV, GOLOUBEVA




slapovski

Alexei Slapovski

Ecrivain, dramaturge, barde
Né en 1957 à Tchkalovskoie près de Saratov, vit à Moscou depuis 2001.
Alexei Slapovski est une des principales découvertes dans le domaine du roman russe du milieu des années 90.
Il a commencé à écrire pour le théâtre à partir de 1986 : plus de trente pièces, dont une dizaine ont été montées à de nombreuses reprises : à Iaroslavl, Saratov, Saint-Petersbourg, Tcheliabinsk, Moscou, Nijni Novgorod, Oufa, Omsk, Novossibirsk, Togliatti, Samara, Perm.
Slapovski apprécie particulièrement les mises en scènes de ses pièces réalisées par Serguei Pouskepalis (né en 1967), qui a notamment monté à Sarmara Le doux ange (2001) et Je m'en vais (2000) au théâtre Ponedelnik. Pièce N°27 a été montée par Pouskepalis en tant que travail de fin d'étude au GITIS et présenté au festival Baltiiski Dom en octobre 2001 et au festival Novaia Drama à Moscou en mai 2002.
Ses pièces ont été également montées en Allemagne, en Bulgarie, en Finlande.



slapovski

Traductions françaises (romans)
Je n'est pas moi, trad. Christine Zeytounian Belous, Paris, A. Michel, 1997
Vodka, dollars et gueule de bois (titre original : Le jour de l'argent) trad. Christine Zeytounian Belous, Paris, A. Michel, 2001
Ille, traduction Benoît Gascon, Canada, Ed. Kéruss, 2008


Prix Littéraires
Premier prix au Concours des pièces européennes à Kassel (Allemagne) pour La petite Cerisaie (1994)
Prix du Concours national des dramaturges russes (1996)

 


novaia-russe

Pièce N°27
texte de Alexei Slapovski - 1994
traduction Marina Salomatina


eBook LIVRE ELECTRONIQUE
cote NOVAIA : NRU 91




novaia-russe

Présentation du théâtre
texte de Alexei Slapovski
traduction Roustam Akhmedshin


+++ EDITION EN COURS
cote NOVAIA : NRU 92


 
 




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