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   TRADUCTION MISE A DISPOSITION SUR COMMANDE

 

VADIM LEVANOV

Ah! Iosef Maderchpreger,
inventeur de la machine à coudre


traduction Yves Barrier


Extrait du texte

IOSEF. - Pourquoi vous taisez-vous ? Dites quelque chose avant de mourir.

VON GOTSONDORF. - Ah, monsieur... le faux inventeur fou... je suis tellement fatigué!..

IOSEF. - Non, monsieur le conseiller secret! C'est moi , en réalite... c'est justement moi, Iosef Maderchpreger qui suis l'inventeur de la machine à coudre. Ce ne sont pas les Français, ni les Anglais, ni les Allemands! Moi, le sujet autrichien-hongrois, serviteur fidèle de l'empereur Franc-Iossif... Votre maudite machine bureaucratique, votre Chancellerie, terrible, inhumaine, m'ont enterré et ma bonne réputation avec! Vous m'avez tué, monsieur le conseiller secret, et je suis mort à jamais, sans gloire, sans espoir de ressurection. Je ne suis personne, je suis la poussière, je suis le vide, il ne restera aucune trace de moi sur la terre, et vous avez même réussi à effacer mon nom de la mémoire humaine, comme une vague indifférente et froide du Danube efface les mots gravées sur la sable : "Elza et Iosef"... Le maré avance, recule et il reste que du sable mouillé, là où il y avait deux noms réunis par l'amour...

On entend de nouveau les sons plaintifs de l'orgue de Barbarie. Entre Dr Freud.

DR FREUD. - Il fait si sombre! Et humide. Et froid. Pourquoi les lanternes ne sont-elles pas allumées, comme elles devraient l'être ? Il fait tout noir à cette époque, amors que c'est le printemps, si on peut appeler cette saleté le printemps ... Où sont passés, diable, ces éclaireurs? (Il aperçoit VON GOTSONDORF et IOSEF). Que se passe-il avec ce monde, messieurs ? Bonsoir, messieurs, si on peut appeler ce soir bon ... Hélas, à mon avis, dans ce monde maudit il ne reste rien de bon. (A VON GOTSONDORF.) Oh! Monsieur Von Gotsondorf, si je ne me trompe ? J'ai l'honneur de soigner votre épouse, qui est ma patiente...

VON GOTSONDORF. - Mes respects, monsieur ...

DR FREUD. - Docteur Sigmund Freud, si vous permettez. Vous savez, je viens d'arriver de Paris, où je perfectionnais mes connaissances dans la clinique d'un grand esculape, le célèbre Jean Martin Charcot! Je suis sûr que vous avez déjà entendu parler de son invention surprenante, de la célèbre "douche de Charcot"? C'est un appareil très utile du point de vue médical, particulièrement pour le traitement des maladies nerveuses... Comme disent les Français: toutes les maladies viennent de nerfs, à l'exception de la syphilis qui vient de l'amour! (Rit). Mais ils ont tort, à mon avis, car c'est tout le contraire : toutes les maladies viennent de l'amour! Car tout ce que nous sous-entendons par le terme "amour", y compris l'amour physique, platonique, et même l'amour de la patrie, est, avant tout, la raison des malaises nerveuses!.. Ah, Paris, quel endroit merveilleux! (conspirateur.) Quels bordels! Le Moulin Rouge! Charmant! Leur Tour Eifel deviendra bientôt le symbole de la nation! Symbole fallique! (Il ricane. A IOSEF) Monsieur, il me semble, que je vous connais. Je crois que vous êtes tailleur ? Et que vous avez un nom monstrueusement absurde, impossible à prononcer, qui ne n'arrive pas à trouver sa place dans ma tête, qui est déjà sans lui bourrée de trucs bizzares.

IOSEF. - Mon nom est Iosef Manderchpreger. Je suis celui qui a inventé la machine à coudre.

DR FREUD. - Celui-là?!

VON GOTSONDORF. - Monsieur Freud! Cet homme est fou, il a un couteau, il veut mettre fin à ma vie! Aidez-moi, cher Docteur Freud! Sauvez moi! Vous avez fait le serment d'Hippocrate! Vous êtes obligé de m'aider! C'est votre devoir sacré! Au nom de l'humanité! Au nom de la compassion envers votre proche: libérez moi, docteur Freud! Délivrez moi de cet aliéné, ce fou, ce monstre dingue!

DR FREUD, examine avec curiosité IOSEF. - J'ai entendu parler de ce tailleur fou, qui se démène comme un possédé dans tout Vienne, et qui hurle à tous les carrefours, qu'il est celui qui a inventé la machine à coudre. (A IOSEF). C'est vous alors, monsieur ?

VON GOTSONDORF, il gémit. - Ah, docteur Freud! Je péris! Il me tue, vous voyez ?! Aidez-moi! Je meurs! Ah!.. Ah, docteur, ah!

DR FREUD. - Vous dites alors qu'il se passe un meurtre ici ? Ce tailleur a décidé d'égorger le conseiller secret ?.. Eh bah dis-donc! (A IOSEF). Tu as vraiment perdu la tête, comme on le raconte ?.. Dis, tu voulais tuer ton père, pour coucher avec ta mère ?.. (il note quelque chose dans son agenda.) Peut-être, es-tu socialiste, lanceur des bombes, militant idéaliste , qui croit que seuls la violence et le sang peuvent délivrer ce monde pourri par la violence et le sang ? Peut-être, t'es-tu mis dans la tête de sauver cette malheureuse et pitoyable planète, de corriger l'Homme, hein ?.. A quel âge tu as commencé ta vie sexuelle ? Ou bien tu es un héros ? Un militant pour la liberté ? Le représentant d'une petite nation opprimée, qui est avide de se libérer des chaînes de l'Empire ? (Il ricane). Ou bien tu luttes contre la tyrannie ? Tu es un anarchiste avide de tout détruire et de créer un nouveau monde ? (Il siffle "La Marsellaise".) Qui es-tu?

IOSEF. - Je suis Iosef, inventeur de la machine à coudre.

DR FREUD. - Et c'est tout ?.. (A VON GOTSONDORF) Vous savez, ma spécialité sont les maladies mentales, les névroses, les phobies et les déviances psychiques de toutes sorte... Et, imaginez-vous, il me semble, que j'ai compris la raison de leur apparition!.. (A IOSEF). Pourquoi veux-tu égorger notre gentil conseiller secret, cette personne médiocre, vide, ridicule, qui a dissipé dans les courses de chevaux à Vienne une grande partie de la fortune de sa pauvre femme ?.. Tu as été battu dans ton enfance ? Ton père te punissait physiquement? Tu te rappelles l'odeur de la courroie en cuir, l'arrière-goût métallique de la boucle d'étain, le goût de ton propre sang dans la bouche ?.. (Il note). Qu'est-ce que cet homme nul et sans talent t'a fait ? Quel colère juste te pousse à faire cela? Est-ce que cela vaut le coup de violer la commandement "tu ne tueras point" pour satisfaire ... je ne sais quoi ? La Vanité ? La superbe ? Réponds, pourquoi tu te tais comme un muet ?

IOSEF. - Ah, Docteur Freud, ah!

VON GOTSONDORF. - Enlevez lui ce couteau, monsieur Freud! Appelez un policier, ou quelqu'un! Faites quelque chose, pour sauver ma vie, qui tient à un cheveu depuis déjà une heure!

DR FREUD. - Vous tremblez de froid ou de peur, monsieur le conseiller secret ? Ce n'est pas à vous que je m'adresse maintenant, monsieur Gotsondorf, ce n'est pas poli de m'interrompre ... n'intervenez pas, si vous voulez garder votre vie, bon à rien! (A IOSEF). Réponds moi!

IOSEF. - Ah, monsieur Freud, ah! Je suis Iosef Manderchpreger qui a inventé la machine à coudre, qui a été déclaré fou partout à Vienne, parce que je ne peux pas prouver, que c'est moi, un tailleur viennois, qui ai inventé la machine à coudre. Les fruits de mes tourments et de mes souffrances ont été appropriés par les autres, et je suis ici, devant vous, et avec un couteau de tailleur dans mes mains et je suis prêt à mettre fin à la vie de monsieur le conseiller secret ...

DR FREUD. - Mais ne sont-ce pas les Anglais qui ont inventé la machine à coudre?

Pause.



 

Farce dramatique

Personnages

5 hommes
1 femme
des gendarmes





















 


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