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MIKHAIL OUGAROV
La mort d'Ilia Ilitch
traduction Manuela Büx
Extrait du texte
ARKADI (après une pause). Vous ne vous seriez pas cogné la tête ?
OBLOMOV. A qui le dites-vous ! Quatorze fois.
ARKADI. L'occiput a été touché ?
OBLOMOV (avec plaisir). Toutes les parties de la tête. Sur le front, j'ai reçu un coup quand j'ai descendu la montagne en luge. Le sommet de la tête, je me le suis cogné quand j'ai trébuché sur le seuil, à moitié endormi. Puis la tempe, c'était sur un coin quand j'ai dû filer aux toilettes à cause de ces pirojkis au poisson. L'occiput, quand j'ai été touché par balle en jouant aux cow-boys et aux indiens. Et le sous-pariétal, était-ce quand je me suis trompé de jambe dans une polonaise ? Le pariétal quand les jeunes filles ont essayé de sortir la soupière du buffet. Je me suis cogné tellement fort que pendant un quart d'heure j'étais dans le noir. A grand peine qu'ils m'ont ramené... Est-ce que j'ai tout dit ? (Il jacasse rapidement.) Attendez - la tête se divise deux : le visage et la tête elle-même. Du visage, on ne parlera pas. Bien qu'on m'ait aussi brisé l'arcade sourcilière, mais ça, on n'en parlera pas, c'est promis. Refaisons le tour, n'aurais-je pas oublié quelque chose ?! Sur la tête, il y a le front, le haut de la tête (ce ne sont que des mèches), l'occiput. Et si on va plus loin - le pariétal et le sous-pariétal. (Il soupire.) Ça doit être tout.
ARKADI (avec enthousiasme). Vous êtes un véritable fou !
Oblomov le regarda avec tristesse. Il soupira et retourna sous la table. Et il referma le coin de la nappe derrière lui.
ARKADI. Mais où allez-vous ?
OBLOMOV. Je ne suis plus là.
ARKADI. Vous êtes vexé ?
OBLOMOV. Maison.
ARKADI. Par bonté, pardonnez-moi ! Ma langue a fourché, je ne sais comment, je ne comprends pas !...
(Le silence en réponse).
Je vous demande pardon ! Dorénavant, c'est promis ! Je ferai attention. Ilia Ilitch !
(Le silence en réponse.)
En désespoir, à lui-même.
Imbécile ! Réfléchis avant de parler ! Ilia Ilitch ! Accordez-moi ne serait-ce qu'une minute pour discuter avec vous ! (Il toque sur la table.) Ilia Ilitch !
OBLOMOV. Qu'est-ce que c'est ?
ARKADI. Arkadi Mikhaïlovitch. Docteur en médecine.
OBLOMO. Que voulez-vous ?
ARKADI. Discuter
(Le silence en réponse.)
Il toque sur la table.
Toc-toc-toc !
OBLOMOV. Qu'est-ce que c'est ?
ARKADI. Des invités.
OBLOMOV. Je n'ai pas donné l'ordre de recevoir. Les coqs n'ont pas encore chanté. Dès le premier chant, soyez les bienvenus.
ARKADI (ayant pris son souffle). Cocoricooo !
OBLOMOV. Qu'est-ce que c'est ? Les chiens n'ont pas encore aboyé.
ARKADI. Ouaf, ouaf !
Pause.
Le coin de la nappe s'envole, on aperçoit le visage d'Oblomov.
OBLOMOV (ravi). Mais vous êtes fou !
ARKADI (explosant). Pardon !
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Pièce en 2 parties et 11 tableaux selon des motifs de Oblomov, roman de Ivan Alexandrovitch Gontcharov.
Personnages
Ilia Ilitch Oblomov
Zakhar, le serviteur d'Oblomov
Arkadi, le docteur
Andreï Ivanovitch Stolz
Olga Seguéïevna Ilinskaïa
Agafia Matéevna Pchenitsyna
Mania et Vania, les enfants de Pchenitsyna
Le premier commissionnaire
Le deuxième commissionnaire
Je soussigné, certifie par l'apposition de mon cachet, que le secrétaire de collège Ilia Oblomov souffre d'une hypertrophia cordis cum dilatatione ejus ventriculis sinistri (hypertrophie du coeur avec dilatation du ventricule gauche) qui risque de se développer et de présenter un danger pour la santé et la vie du malade ; l'on suppose que ces accès sont dus au fait que Mr. Oblomov fréquente son lieu de travail tous les jours. C'est pourquoi, afin d'éviter que ces attaques ne se réitèrent et ne se renforcent, il est nécessaire, je pense, que Mr. Oblomov cesse pendant un certain temps de se rendre au bureau. Je lui prescris plus généralement de s'abstenir de préoccupations intellectuelles et toute autre activité.
Mickaïl Ougarov, Novaia Drama 2002
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